N°6 - Les machines anatomiques

Naples, 6 juin 2022 (Vous venez d’arriver ? Ce journal se lit comme un feuilleton. Pour bien suivre l’histoire, je vous recommande de commencer par la lettre N°1 en cliquant sur le lien suivant 👉https://tinyurl.com/macreature).

Ma créature
1 min ⋅ 06/06/2025

Dernière matinée à Naples. J’en ai profité pour visiter la chapelle San Severo. Ta maman a préféré rester à l’appartement. Les églises et les vieilles pierres, c’est pas son truc.

Les touristes viennent du monde entier pour admirer le chef-d’œuvre de la chapelle : le Christ voilé. Un corps crucifié, recouvert d’un voile de marbre si fin, si fluide, qu’on dirait du tissu posé sur la peau. C’est magnifique.

Mais ce qui m’a le plus impressionné, ce n’est pas la statue. C’est ce qu’il y a en dessous.

Dans les sous-sols, deux squelettes datant du milieu du XVIIIᵉ siècle sont exposés dans des alcôves vitrées. Un homme et une femme. Leur système vasculaire est parfaitement conservé. Les artères, les veines, les tissus sont encore visibles, comme si la mort n’avait pas terminé son travail.

Ça m’a rappelé l’exposition Our Body. C’était en 2010, je crois. Des corps écorchés figés dans des postures imitant le vivant. Certains sur un vélo, d’autres jouant aux échecs.

À l’époque, ça avait fait scandale. Fallait-il vraiment exposer de vrais corps pour comprendre l’anatomie ? Mais au XVIIIᵉ, c’était différent. Pas de scanner. Pas d’imagerie médicale. Les corps disséqués servaient à la science. Sans trop se poser de questions.

Les critiques n’étaient pas absentes pour autant. D’où venaient ces corps ? Avaient-ils été volés par des body snatchers ? Ces pilleurs de tombes qui déterraient des cadavres fraîchement enterrés pour les revendre aux écoles de médecine ?

Je ne sais pas. Mais voir ces restes humains, figés sous verre, veinés de rouge et d’ombre, ça m’a glacé. Et un peu dégoûté.

Source: https://www.museosansevero.it/en/the-chapel-and-the-veiled-christ/the-anatomical-machinesSource: https://www.museosansevero.it/en/the-chapel-and-the-veiled-christ/the-anatomical-machines

Ma créature

Par Arnaud Dandoy

Je m’appelle Arnaud Dandoy. Je suis criminologue au Muséum d’Histoire Surnaturelle, aussi appelé Surnateum — un cabinet de curiosités dédié aux formes anciennes de magie, aux savoirs occultés, aux forces invisibles qui traversent nos civilisations depuis l’aube des temps. Mon métier : élucider des affaires. Certaines trouvent une explication rationnelle. D’autres non.

Ce qui m’attire, ce sont les connaissances interdites. Les mythes. Les légendes. Les superstitions. Tout ce que l’humanité a refoulé, mais jamais oublié. J’enquête dans des univers parallèles, des marges, des zones grises. À la frontière du réel.

De 2013 à 2020, j’ai vécu en Haïti. J’y ai étudié les processus de zombification. J’ai suivi la trace des lougawou — les loups-garous du monde créole. Depuis cinq ans, je vis en Tunisie. J’y poursuis une autre obsession : la possible localisation de l’Atlantide. Une cité engloutie. Un vestige enfoui.

Mais récemment, une autre affaire s’est imposée à moi. Une disparition ancienne. Celle d’une petite fille nommée Elena Adelaïde Shelley, morte à Naples en 1820. Une énigme discrète. Presque oubliée. Et pourtant centrale.

C’est cette enquête que je raconte ici. Une affaire qui m’a conduit dans l’ombre du monstre de Frankenstein. Et peut-être jusqu’à moi-même.