Dernière matinée à Naples. J’en ai profité pour visiter la chapelle San Severo. Ta maman a préféré rester à l’appartement. Les églises et les vieilles pierres, c’est pas son truc.
Les touristes viennent du monde entier pour admirer le chef-d’œuvre de la chapelle : le Christ voilé. Un corps crucifié, recouvert d’un voile de marbre si fin, si fluide, qu’on dirait du tissu posé sur la peau. C’est magnifique.
Mais ce qui m’a le plus impressionné, ce n’est pas la statue. C’est ce qu’il y a en dessous.
Dans les sous-sols, deux squelettes datant du milieu du XVIIIᵉ siècle sont exposés dans des alcôves vitrées. Un homme et une femme. Leur système vasculaire est parfaitement conservé. Les artères, les veines, les tissus sont encore visibles, comme si la mort n’avait pas terminé son travail.
Ça m’a rappelé l’exposition Our Body. C’était en 2010, je crois. Des corps écorchés figés dans des postures imitant le vivant. Certains sur un vélo, d’autres jouant aux échecs.
À l’époque, ça avait fait scandale. Fallait-il vraiment exposer de vrais corps pour comprendre l’anatomie ? Mais au XVIIIᵉ, c’était différent. Pas de scanner. Pas d’imagerie médicale. Les corps disséqués servaient à la science. Sans trop se poser de questions.
Les critiques n’étaient pas absentes pour autant. D’où venaient ces corps ? Avaient-ils été volés par des body snatchers ? Ces pilleurs de tombes qui déterraient des cadavres fraîchement enterrés pour les revendre aux écoles de médecine ?
Je ne sais pas. Mais voir ces restes humains, figés sous verre, veinés de rouge et d’ombre, ça m’a glacé. Et un peu dégoûté.
Source: https://www.museosansevero.it/en/the-chapel-and-the-veiled-christ/the-anatomical-machines
