N°4 - À Naples, tout est signe. Tout est miracle. Ou malédiction

Naples, 4 juin 2022 (Vous venez d’arriver ? Ce journal se lit comme un feuilleton. Pour bien suivre l’histoire, je vous recommande de commencer par la lettre N°1 en suivant ce lien 👉https://tinyurl.com/macreature

Ma créature
1 min ⋅ 04/06/2025

Mon petit fantôme,

On s’est baladé dans Naples aujourd’hui. Les croisements des ruelles sont parsemés de petits autels, posés là pour les âmes errantes. Des niches creusées dans les murs, éclairées de cierges à LED. On y trouve un bric-à-brac sacré : photos de saints, portraits de parents disparus, fleurs séchées. Des souvenirs suspendus entre deux mondes.

Les Napolitains sont très superstitieux. Ils vénèrent la Madonna presque autant que Maradona. La star du foot argentine est partout. Sur les murs, dans les taxis, dans les rêves. Une divinité urbaine, familière et sacrée.

On l’a peint avec une auréole, une main levée, les yeux tournés vers le ciel. Comme un saint. Un protecteur. Un miracle vivant.

Il y a quelque chose de mystique dans cette confusion. Un syncrétisme populaire. Une religion parallèle. Le foot mêlé à la foi. Le sacré qui glisse dans le profane.

Mais leur véritable protecteur, c’est San Gennaro, le Saint Patron de Naples.

Trois fois par an, son sang — conservé dans deux petites ampoules depuis le IVe siècle — se liquéfie. L’Église parle d’un phénomène prodigieux, pas d’un miracle. Le sang dur, figé, devient fluide sous les yeux des fidèles. L’évêque le tourne, l’incline doucement. Et la magie opère.

Des scientifiques ont tenté d’expliquer. Le CICAP, un comité italien spécialisé dans les phénomènes paranormaux, a conclu dans les années 1980 que le sang était sans doute une substance thixotrope. Autrement dit, une matière qui reste solide jusqu’à ce qu’on la secoue. Une technique connue depuis l’Antiquité. Et pourtant… malgré les démonstrations, malgré les études, aucun démenti officiel n’a jamais été prononcé. Le prodige demeure.

À Naples, on ne cherche pas à trancher entre foi et science. On laisse les deux se frôler, s’entrelacer, se répondre.

Lors de l’éruption du Vésuve en 1669, il aurait plu de petites croix noires en même temps que la cendre. « Un miracle », ont dit les habitants. Le saint était là, au cœur du cataclysme, pour les protéger. En réalité, c’étaient des cristaux de pyroxène, formés naturellement dans la lave.

Même les terres fertiles du Vésuve portent une légende. Quand Lucifer fut chassé du paradis, il emporta dans sa chute un lambeau de ciel. Ce lambeau devint la baie de Naples. En haut, le Christ pleura en voyant cette beauté souillée. Là où ses larmes touchèrent la terre, des vignes poussèrent. Elles donnèrent naissance au Lacryma Christi, le Vin des Larmes du Christ.

Tout ici devient signe. Miracle. Ou malédiction.

Ma créature

Par Arnaud Dandoy

Je m’appelle Arnaud Dandoy. Je suis criminologue au Muséum d’Histoire Surnaturelle, aussi appelé Surnateum — un cabinet de curiosités dédié aux formes anciennes de magie, aux savoirs occultés, aux forces invisibles qui traversent nos civilisations depuis l’aube des temps. Mon métier : élucider des affaires. Certaines trouvent une explication rationnelle. D’autres non.

Ce qui m’attire, ce sont les connaissances interdites. Les mythes. Les légendes. Les superstitions. Tout ce que l’humanité a refoulé, mais jamais oublié. J’enquête dans des univers parallèles, des marges, des zones grises. À la frontière du réel.

De 2013 à 2020, j’ai vécu en Haïti. J’y ai étudié les processus de zombification. J’ai suivi la trace des lougawou — les loups-garous du monde créole. Depuis cinq ans, je vis en Tunisie. J’y poursuis une autre obsession : la possible localisation de l’Atlantide. Une cité engloutie. Un vestige enfoui.

Mais récemment, une autre affaire s’est imposée à moi. Une disparition ancienne. Celle d’une petite fille nommée Elena Adelaïde Shelley, morte à Naples en 1820. Une énigme discrète. Presque oubliée. Et pourtant centrale.

C’est cette enquête que je raconte ici. Une affaire qui m’a conduit dans l’ombre du monstre de Frankenstein. Et peut-être jusqu’à moi-même.